Recompositions en zone MENA : un monde ébranlé à la croisée des chemins

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« Les incertitudes actuelles n’incitent pas à prendre des risques pour investir dans la zone MENA » confiait en ouverture de la table ronde Fatiha Dazi-Héni. Les échanges ont confirmé la diversité des situations politiques, économiques et sociales d’un espace dont les transformations sont loin d’être achevées et les perspectives soumises à bien des interrogations. Mais des mutations encourageantes se font jour.

Mener à bien les bouleversements nécessaires à la modernisation des pays arabes touchés depuis trois ans par des révolutions implique de la confiance. Les participants de la table ronde « Comment lire les évolutions et recompositions de la zone MENA » le 8 novembre à Marseille considèrent qu’elle n’existe pas encore. Ni au sein de leurs populations, ni chez les investisseurs.

Pour Mansouria Mokhefi, chef du programme Afrique du Nord Moyen-Orient à l’Institut Français des Relations Internationales, le contexte reste fragilisé par « l’extrême faiblesse du secteur privé, l’absence de diversification des économies et des échanges régionaux, le fléau de la corruption et l’insécurité ». Elle souligne aussi « l’invisibilité des jeunes » parmi les leaders au pouvoir ainsi que « la disparition des femmes, malgré leur activisme dans les soulèvements ».

Blocages et vulnérabilités

Jean-Louis Reiffers, président du comité scientifque du FEMISE, s’inquiète de l’instabilité politique et de l’absence de stratégie globale. « Il faudrait un modèle de croissance fondé sur une plus grande productivité plutôt que sur l’accumulation de capital. Or, les élites font le contraire des préconisations des économistes » dit-il.

Les défis sont nombreux. Abdelmalek Alaoui, dirigeant de Global intelligence Partners au Maroc, en perçoit un, prioritaire : la « chasse aux FBI, les Fausses Bonnes Idées », à commencer par celle de la colocalisation qu’il résume par « le pognon du Moyen-Orient, la main-d’œuvre du Maghreb et le rapatriement des dividendes au nord ». Il pointe les antagonismes entre les élites francophones et arabophones, les différences de modèles et de cultures. « Le seul chemin passe par la transparence et la démocratisation. Mais une démocratie vivante ne s’installe pas en trois ans ».

Progrès et perspectives

Affirmant, lui aussi, qu’il faut du temps pour bâtir une société civile, Usamah Al-Kurdi, président d’Alagat Company à Riyadh, insiste sur les progrès de son pays. « Une réforme immense touche tous les secteurs pour améliorer la vie des citoyens et favoriser une croissance économique durable. Elle inclut la pensée, l’idéologie, le dialogue », indique-t-il, convaincu que la zone Mena entre dans une nouvelle ère politique, du fait du désengagement progressif des États-Unis.

Mansouria Mokhefi juge encourageantes les nouvelles relations entre Tunisie et Algérie sur la sécurité, l’arrivée de la Chine, la Turquie ou le Qatar dans les projets économiques. Pour Malika Berak, Ambassadrice pour la Méditerranée, le Dialogue 5 + 5 offre une base pour trouver des solutions aux crises. Elle prône même l’entrée de nouveaux pays dans une optique de « Méditerranée à géométrie variable », véritable « laboratoire de projets ».