L’électricité solaire en provenance de l’Afrique du nord : un rêve européen quand la nécessité énergétique est une réalité locale

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La révolution des énergies renouvelables occupe la scène mondiale. Les pays développés se soucient de leurs objectifs de quotas en énergies renouvelables. En effet, les capacités de production d’origine fossiles classiques (fuel, gaz et charbon) occupent une part importante dans leurs bouquets énergétiques. Malheureusement, ces moyens de production sont émetteurs de gaz à effet de serre. Plusieurs pays développent des énergies propres, non polluantes, afin de satisfaire des objectifs plus écologiques. La solution s’est orientée en grande partie vers les énergies éolienne et solaire pour leur simplicité de mise en œuvre industrielle. Elles sont néanmoins exposées à des contraintes fortes de type disponibilité de la ressource (vent, soleil), coût de production et d’autres contraintes comme les emprises au sol et l’impact sur les paysages.

La disponibilité de l’éolien et du solaire est uniquement adossée à la disponibilité respective du vent et de l’ensoleillement. Le vent est un bien naturel très présent en Europe. En revanche, l’ensoleillement reste une ressource réduite dans cette partie du monde. Pour cela, les pays européens ont amorcé trois projets complémentaires d’approvisionnement en énergie solaire afin d’économiser plusieurs millions de tonnes de CO2 et de créer des emplois verts. Ils proposent de produire de l’électricité d’origine solaire en provenance d’Afrique du nord pour la consommation locale et l’exportation vers l’Europe. Dans cette région du monde, l’ensoleillement peut atteindre un potentiel de production de l’ordre de 160,000 TWh (Tera Watt heure) par an, l’équivalent de 320 fois la consommation de la France, avec des durées allant jusqu’à 3,500 heures annuellement.

Le premier projet, Desertec, dont le chef de file est l’industrie allemande, a été le précurseur. Le projet consiste à équiper le Sahara de centrales solaires à concentration afin de couvrir 15% des besoins énergétiques européens d’ici 2050. L’investissement prévu est estimé à environ 400 milliards d’euros.

Le deuxième projet, Plan Solaire Méditerranéen, initié par l’Union Pour la Méditerranée, a un objectif de construction de 20 GW (Giga Watts) en énergies renouvelables (équivalent de 30 % de la puissance de production du parc nucléaire français). Elles sont essentiellement solaires et seront construites, sur le bassin méditerranéen d’ici 2020.

Enfin, le dernier projet, Transgreen, initié par la France, vient en complément des deux premiers. La proposition française assure la cohérence de l’ensemble en proposant un projet d’interconnexion électrique afin de transporter cette électricité du sud vers le nord. C’est un maillon indispensable de la chaîne de valeur (production, transport et distribution).

Les projets en eux-mêmes sont très intéressants. Un seul bémol à toute cette dynamique qui a pour objet principal d’apporter ce quota d’énergies renouvelables aux pays développés mais fait l’impasse sur les besoins réels des pays de la rive sud. Ces pays ne s’inscrivent pas seulement dans la réalisation d’objectifs de réduction de gaz à effet de serre mais sont dans la nécessité de continuer leur développement et d’assurer leurs besoins énergétiques. Sur la partie économique, l’énergie solaire reste très coûteuse avec un coût de revient évoluant dans une fourchette de 200 à 500 euros par MWh produit. Les spécialistes sont d’accord sur la baisse des coûts de production du solaire dans les 20 à 30 ans à venir voire au-delà. En attendant, la production à grande échelle parait difficile à mettre en œuvre.

Comparé à d’autres solutions moins coûteuses et plus rentables comme le nucléaire, dont le coût de production varie entre 40 et 50 euros le MWh, il est stratégiquement souhaitable de diversifier les sources de production. Le choix d’un mix énergétique devra répondre à une stratégie long-terme des pays de l’Afrique du nord. Tout particulièrement, pour les pays disposant de ressources pétrolières et gazières, le choix du bouquet est structuré par deux objectifs primordiaux :

  1. Réserver la valorisation des réserves pétrolières et gazières à l’export en minimisant leur utilisation localement et

  2. Continuer le développement économique afin d’assurer la transition vers une économie de l’après pétrole.

En revanche, pour les pays ne disposant pas de ressources fossiles naturelles, la stratégie devrait viser le renforcement de l’indépendance énergétique. La solution électronucléaire est une réponse adaptée. C’est une énergie disponible, compétitive et non polluante. Elle permet de produire des quantités importantes d’électricité en base et sur plusieurs années indépendamment du coût du combustible. L’économie industrielle de l’Afrique du nord pourrait avoir à sa disposition des MWh à un prix constant quel que soit la volatilité des prix des combustibles fossiles.

Un mix énergétique équilibré, dans les pays de la rive sud, serait une solution pertinente et durable à moyen et long terme. Un mix composé majoritairement de solaire (centrales à concentration et photovoltaïque), de l’éolien et du nucléaire. L’énergie nucléaire reste la moins coûteuse dans la durée, avec un coût de production de l’électricité 5 à 10 fois moins élevé que l’électricité à base du solaire. Les centrales nucléaires seraient utilisées pour la production locale de l’électricité. Le solaire et l’éolien, quant à eux, seraient dédiés en grande partie à l’exportation. Chacun des deux parties trouverait son compte. Les pays d’Afrique du nord accompagneraient leur développement économique avec la réponse électronucléaire. Disponibilité, rentabilité et transfert d’une technologie qui aujourd’hui reste entre les mains de quelques pays du nord. Tandis que, les pays européens combleraient leurs déficits en énergie verte et accompagneraient en parallèle l’évolution et l’industrialisation de l’Afrique du nord. Toutefois, la mise en œuvre de la solution électronucléaire reste assujettie à différentes contraintes de type culture de sûreté, choix de l’emplacement pour la bonne optimisation du refroidissement des centrales, politique à long terme de gestion et d’élimination des déchets radioactifs, système d’assurance et de financement, etc.