L’Art entre tradition et modernité dans les pays du Golfe

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Dans les pays du Golfe, le dynamisme du marché de l’art contemporain, la multiplication de projets muséographiques toujours plus grandioses facilitent l’émergence d’artistes arabes désireux de s’affranchir des références au folklore.

La session « Art comme identité culturelle : entre tradition et modernité » organisée dans le cadre du MENA Economic Forum a souligné l’évolution extrêmement rapide vécue par les pays du Golfe en matière d’art. Des salons réputés (la Biennale de Sharjah, l’Art Dubai International Fair), des musées griffés (le Guggenheim Abu Dhabi, le Louvre Abu Dhabi), signés par les plus grands architectes (Jean Nouvel, Frank Gehry), et des galeries toujours plus nombreuses, comme sur l’avenue Al Serkal de Dubaï…En quelques années, les pays du Golfe ont réussi à s’imposer comme une destination qui compte dans le monde de l’art. À l’origine de cette success-story, deux phénomènes. Le volontarisme des princes, au Qatar et à Abu Dhabi notamment. Mais aussi le dynamisme du marché privé de l’art, porté par des hommes d’affaires en quête de reconnaissance.

Parfois, les mouvements se rejoignent. Ainsi, la Biennale de Sharjah, dirigée par Cheikha Hoor, fille de l’émir Sultan Bin Mohamed al-Qasimi, attire des collectionneurs venus se frotter au gratin mondial de l’art contemporain, en particulier asiatique. Bien que sujets à des variations, les chiffres donnent le vertige. En 2012, les ventes d’Art Dubai atteignaient les 40 millions de dollars. Les créateurs arabes en captent une bonne partie. Car eux aussi profitent de la mondialisation de l’art contemporain et de la place prise par les pays du Golfe sur ce marché.

Entre tradition et modernité

La création arabe jouit d’une cote de plus en plus grande. « L’art moderne arabe remonte aux années 1950. Ce qui est nouveau, c’est que les artistes arabes s’affranchissent désormais des références au folklore ou à l’antiquité. Ils produisent un art contemporain au diapason de la production artistique internationale. Cela attire les collectionneurs », observe Alexandre Kazerouni, chercheur à Sciences Po.

Cette évolution n’empêche pas le maintien de stratégies identitaires, en particulier dans les États fragiles. Indépendant depuis 1971 seulement, objet de revendications territoriales de la part de l’Iran, Bahreïn dispose ainsi de son musée national, qui met en scène l’histoire du pays.

Dans le Golfe, la modernité côtoie souvent le passé, pour le meilleur comme les inspirations orientales du futur musée national du Qatar, dessiné par Jean Nouvel, comme pour le pire.

Directeur des opérations d’Axa Art, la branche du groupe Axa dédiée à l’assurance des œuvres d’art, Jean Gazançon, regrette « le défcit de formation de la main-d’œuvre manutentionnaire, souvent issue du sous-continent indien et trop rarement qualifiée ». Dans les pays du Golfe, les bouleversements des dernières décennies en matière d’art et de culture n’ont pas encore eu totalement raison de l’ancien monde.